A partir
de 2001 a été développé le concept
d'espaces numériques de travail
: « Dispositif fournissant aux
acteurs du système éducatif public l’accès à travers les réseaux à la totalité
des ressources et outils numériques en rapport avec leur activité ». Dans
la foulée le ministère lançait au printemps 2003 un appel à projets et retenait
le projet ENTEA (Espace Numérique de Travail en Alsace) de l'académie de
Strasbourg. Celle-ci menait déjà une expérimentation depuis 2002 et présentait
un projet ambitieux d'espace numérique de travail au périmètre très large :
il englobe les activités de toutes les composantes de l'établissement :
pédagogie, vie scolaire, communication, administration, et s'adresse à
l'ensemble de la communauté : enseignants, élèves, parents, personnels
administratifs.
2004-2007 : l'expérimentation
La phase
d'expérimentation s'étend de 2004 à 2007. Dès le départ les collectivités
(région Alsace, département du Bas-Rhin - le Haut-Rhin les rejoignant en 2005),
sont étroitement associées au projet. Un appel d'offres choisit l'ENT
Scolastance de la société mulhousienne Infostance.
Comptant
au démarrage 15 établissements, l'expérimentation se termine en 2007 avec 45
établissements. Ceci répondait à la demande de l'appel à projet (« un
déploiement significatif ») et ce périmètre important sera déterminant pour la
réussite de l'opération. Loin des expérimentations « in vitro », le travail en
grandeur réelle permet seul d’appréhender les problèmes qui se posent lorsqu'on
est confronté à des milliers de connexions simultanées et à la gestion de
dizaines de milliers d'utilisateurs.
Tout en
ayant conscience des difficultés rencontrées, l'ensemble des partenaires,
collectivités et académie, au vu de l'évaluation des utilisateurs, décide en
juin 2006 la généralisation de l'espace numérique de travail à l'ensemble des
établissements secondaires qui ont décidé la même année d'adhérer au groupement
de commandes constitué à cet effet (209 sur 216).
Compte
tenu de la nouveauté du produit, l'appel d'offres recourt à une procédure
complexe de dialogue compétitif qui va s'étendre de l'été 2006 au printemps
2007.
C'est
l'assemblée générale des établissements membres du groupement de commande qui
décide en avril 2007 du choix de Scolastance comme outil de la généralisation.
2007-2010 : la généralisation
La
généralisation est planifiée sur quatre ans, ce qui permet d'étaler l'effort
financier, d'absorber le très gros effort d'accompagnement du changement et de
tenir compte de la maturité des établissements dans ce domaine. Pour cela les
EPLE ont été invités en décembre 2006 à déterminer la date de leur entrée dans
ce qui s'appelle désormais ENTEA2, de la vague 1 (rentrée 2007) à la vague 4
(rentrée 2010).
Des clés pour réussir
Les
années 2000 ont vu monter en flèche l'usage des outils informatiques : à côté
de ceux utilisés couramment par une très grande majorité d'enseignants
(bureautique, messagerie personnelle et usage d'Internet) ou par un plus petit
nombre (outils pédagogiques, ressources en ligne), les usages « institutionnels
» s'accélèrent, qu'ils soient obligatoires (mutations, accès au dossier
personnel, saisie des notes dans les établissements) ou seulement recommandés
(messagerie professionnelle, listes de diffusion). Cela représentait évidemment
une base de départ favorable pour le lancement de l'ENT mais ne pouvait suffire
: pour jouer pleinement son rôle, l’ENT devait devenir le pivot de la vie de
l'établissement et modifier durablement aussi bien l'organisation du travail
que les relations et la communication dans la communauté éducative. Des
formations à l'usage de l'outil ne pouvaient donc suffire.
Un
pilotage académique fort, relayé activement dans chaque établissement, devait permettre une mise en œuvre
effective et rapide. Dans le respect de l'autonomie des établissements (l’ENT
est modulable et sa mise en œuvre se fait au rythme souhaité par
l'établissement), il fallait créer les conditions optimales de succès.
C'est
ainsi que s'est mise en place l'organisation qui place aujourd'hui
l'académie de Strasbourg en tête de ce mouvement.
- Au
niveau académique, les grandes
décisions sont prises par un comité de pilotage associant collectivités
locales, instances rectorales et prestataire. La mission TICE assure le
pilotage opérationnel en s’appuyant sur diverses structures :
- un
groupe d'administrateurs pilotes spécialisés, pour une recette métier
- un
groupe de six établissements pilotes (trois collèges et trois lycées) qui
accèdent en priorité aux nouvelles versions et correctifs pour validation avant
diffusion générale.
-
des commissions spécialisées assurant le suivi des modules principaux (Notes,
Absences, cahier de textes, tableau de bord de l’élève)
- dans
chaque établissement un comité de pilotage décide des usages, des
fonctionnalités à mettre prioritairement en oeuvre et de leur périmètre. Un administrateur
local de l'ENT (enseignant de l’établissement) assure les opérations de
base aux moments clés de l'année scolaire (à la rentrée par exemple). Il assure
également l'accompagnement des collègues débutant dans l'utilisation. Il est
aussi, et ce point est très important, membre de la communauté académique
des administrateurs. Une liste de diffusion particulièrement dynamique les
réunit et représente un réseau d'entraide, d'échanges de pratiques et de
collecte d'informations, sans lequel ENTEA2 n'aurait connu un tel
développement. Les administrateurs sont réunis deux fois par an par bassin.
- les
nouveaux établissements bénéficient d'un tutorat : un administrateur
expérimenté est présent lors de la première réunion du comité de pilotage avec
un membre de la mission TICE. Il assiste le nouvel administrateur dans sa prise
en main de l'ENT et reste par la suite sa personne référente en cas de
problème.
La
formation
Les
formations d'accompagnement sont de deux types : formations de responsables en
regroupements par bassins (administrateur, responsable de la partie Notes, de
la partie Absences etc.), et formations en établissement, qu'il s'agisse de
stages de découverte, automatiquement associés à l'arrivée de l'ENT, ou de
formations d'initiative locale demandées par les établissements).
Et la
technique ?
Une des
conclusions fondamentales de la période expérimentale a concerné le dispositif
technique. L'appel d'offres lancé en 2006 exigeait clairement une solution qui
ne nécessitait aucun serveur dans l'établissement. Scolastance est hébergé par
une société professionnelle. Il est accessible entièrement par Internet, donc
depuis n'importe quel poste connecté, où qu'il soit situé (établissements
scolaires, domicile, cybercentre, poste de travail des parents). Il n'y a
aucune machine serveur dans l'établissement, aucune opération de maintenance,
de protection des données, de sauvegarde ou de mise à jour à la charge des
établissements.
Le
financement
ENTEA2
est financé à parts quasiment égales par les collectivités (acquisition de la
licence, frais annuels de fonctionnement) et l'académie (formation, actions
d'accompagnement, rétribution des intervenants de tous niveaux).
Et
maintenant ?
Deux
enquêtes de satisfaction auprès des collèges et lycées ont révélé parmi les
utilisateurs un taux de satisfaction important et remarquable pour un projet
d’une telle ampleur et dans un domaine aussi novateur. De nombreuses améliorations sont en cours mais pour les
utilisateurs il n’est déjà plus question de revenir en arrière à un
« avant-ENT ». Dans les établissements qui lui ont donné toute sa
place l’objectif du « zéro
papier » n’est certes pas atteint, mais tout ce qui touche à la
communication interne s’en approche.
Glossaire
ENT :
Espace Numérique de Travail. Le concept de portail de services
ENTEA :
Espaces Numériques de Travail en Alsace : le projet présenté par
l’académie de Strasbourg en 2003 et l’expérimentation de 2004 à 2007
ENTEA2 :
plan de généralisation de l’ENT dans l’académie
Scolastance :
l’application choisie sur appel d’offre en 2007 pour être mise à disposition de
tous les établissements
Administrateur :
en informatique personne responsable du fonctionnement et de l’exploitation
d’un système. Scolastance étant externalisé, l’administration ne comporte pas
de tâches à proprement parler techniques. Les opérations se limitent au
paramétrage (quels modules mettre en service, qui peut faire quoi) et aux
opérations d’import de données)
Recette :
dans un projet informatique c’est la phase où les différents acteurs vérifient
que le produit est conforme aux attentes formulées (sous différents
aspects : technique, « métier », etc.)
Dialogue
compétitif : forme d’appel d’offres où un dialogue préalable avec les
fournisseurs candidats permet d’établir le cahier des charges définitif