Publiés dans la revue L'EDUCATION MUSICALE (n°446 à 448, 450 à 452, mars à juillet 1998), ces Eléments pour une nouvelle pédagogie de l'écoute et du goût méritent de retenir l'attention des professeurs d'Education musicale conscients du fait que leurs élèves fréquentent généralement davantage les salles de cinéma que celles de concert. L'auteur se base sur une expérience réalisée en classe de 4° et 3° : il suffira de rappeler ici que l'un des objectifs fixés par les Programmes (classe de 3° : Interaction image-son) est en effet d'apprendre aux élèves à (mieux) « percevoir et analyser les fonctions de la musique dans des productions visuelles diverses : spot publicitaire, clip, film » en se fondant sur des « approches multiples susceptibles de déclencher des réactions et des observations pertinentes (image muette, bande-son). Les transformations des thèmes ou motifs musicaux dans les longs-métrages permettent d'aborder les procédés de variation liés à l'évolution des situations filmiques. » Il en est de même du Programme de la classe de Seconde dont l'une des quatre thématiques se propose d'étudier les relations "musique et image".
Posée en préambule, la problématique devrait trouver un écho chez les enseignants qui ont observé que « l'Education musicale est confrontée aujourd'hui à un double problème : celui de l'objet à enseigner et celui de la méthode. La musique dite « classique » ne peut plus constituer l'objectif pédagogique unique ; il existe assurément d'autres styles musicaux dignes d'intérêt et suscitant autant de plaisir. La méthode pédagogique quant à elle ne peut plus compter sur un goût musical, sinon une culture, « spontanés ». L'étude de la place et des fonctions de la musique et du son au cinéma apparaît comme une solution possible (et partielle !), parmi d'autres, à ce double problème. Le cinéma constitue un référent familier, y compris pour les adolescents en difficulté scolaire ou même « déracinés ». les élèves [possédant] une culture cinématographique minimale, des éléments de vocabulaire adaptés et un goût prononcé pour l'image. »
Après avoir montré l'intérêt d'une démarche pédagogique fondée sur la musique et le son au cinéma visant au développement de l'écoute et du jugement esthétique des adolescents (I), l'auteur en expose les principes (II). Une troisième partie aborde - à l'aide d'exemples - l'explicitation des notions de base de l'analyse de la musique et du son, de leurs correspondances avec l'image (IV), de leur place dans les films muets (V) et, enfin, de l'importance des bruits (VII). Une mise au point sur les fondements de la signification musicale (VIII) permet enfin d'élargir le propos en introduisant aux fonctions de la musique et du son au cinéma.
Bien sûr, le chapitre III (Principes pédagogiques) mérite une attention particulière :
« Les interactions du vu et de l'entendu pour pallier (ou parfois renforcer) le non-vu et, dans une moindre mesure, le non-entendu, sont fondamentales. Le nerf de la démarche pédagogique consiste dès lors en un travail de lecture d'image" associé à l'identification tout aussi minutieuse des sources sonores (bruits, paroles, musiques) et de leur importance respective, de leurs localisations, de leurs correspondances avec l'image et, enfin, de leurs fonctions ». L'auteur évoque alors ces deux étapes - incontournables - de la démarche pédagogique qui voient dissocier momentanément l'image du son, dans un travail d'analyse portant sur la vidéo uniquement, sans oublier bien sûr le temps d'(analyse strictement auditive : « le procédé des «caches » visuel ou sonore facilite ce travail de repérage : il consiste à montrer une séquence en coupant le son ou à la faire entendre en masquant l'image. » Le temps requis par cette dissociation audio-vidéo implique qu'une activité d'écoute ancrée sur une bande-son ne peut se fixer comme objectif de donner à voir la totalité du film : « dans le cadre du cours de musique au collège, l'approfondissement de l'analyse et de l'interprétation reste forcément modeste, d'autant que d'autres activités doivent nécessairement se greffer à ce qui ressortit ici, avant tout, à l'observation et à l'écoute : activités pratiques (chant, instruments) de mise en oeuvre de certaines notions musicales repérées dans la bande-son ou utilisées pour son analyse (notions souvent susceptibles d'un codage), activités créatrices de sonorisation d'une séquence préexistante ou tournée par les élèves eux-mêmes, activités « théoriques » de documentation historique sur les musiques de film ou toute musique présentant un rapport stylistique, voire sur le cinéma lui-même, sans parler d'activités interdisciplinaires ou « transversales » mobilisant plusieurs enseignants de disciplines différentes autour d'un même film. »
Les nombreux exemples qui viennent étayer le propos de J.P. DAMBRICOURT, extraits de films très variés, devraient inciter ceux qui ne l'ont pas encore fait à expérimenter ces situations d'écoute dans lesquelles l'interaction image-son devient l'objet principal (mais pas unique !) de l'analyse. Autant de bonnes raisons pour lire in extenso l'article LA MUSIQUE ET LE SON AU CINEMA dont quelques extraits ont pu être reproduits ici grâce à l'aimable autorisation de son auteur et de la revue L'EDUCATION MUSICALE.